DÉPUTÉ
EN ACTION
AU PARLEMENT EUROPÉEN
INVITÉ PAR LA MAISON DE L'EUROPE STRASBOURG-ALSACE, POUR ÉVOQUER L'ERASMUS DES APPRENTIS

Le programme européen Erasmus fête ses 30 ans. L’an dernier, il a permis à 43 000 étudiants français de faire une partie de leurs études dans l’un des pays de l’Union européenne. L’eurodéputé Jean Arthuis veut que la mobilité profite aussi aux jeunes en alternance, trop peu nombreux à en bénéficier.

 

Parlementaire européen depuis 2014, l’ancien ministre Jean Arthuis est connu dans l’hémicycle de Strasbourg pour être un spécialiste des questions budgétaires. C’est aussi un infatigable défenseur de l’apprentissage. Cette semaine encore, alors qu’il est en session, il a pris le temps d’aller en parler dans un quartier populaire de la capitale alsacienne, à l’invitation de la Maison de l’Europe.

« S’inspirer des exemples qui marchent »
« Les pays comme l’Allemagne, qui ont une longue tradition d’apprentissage, ont très peu de jeunes au chômage, rappelle-t-il devant l’auditoire rassemblé dans la salle des fêtes du Manège, près du Neudorf, au sud de la ville. Par ailleurs, le programme Erasmus a fait ses preuves au fil des années. Et bien, pourquoi ne pas coupler les deux, en s’inspirant des exemples qui marchent. »

Amaury, 26 ans, confirme. Il y a dix-huit mois, ce jeune Strasbourgeois a franchi le pas, en allant frapper à la porte d’un employeur, de l’autre côté de la frontière, à Kehl, en Allemagne. « Quand je me suis présenté à l’entretien, j’avais appris par cœur quatre phrases en allemand, c’est tout ce que je savais… L’entreprise m’a donné ma chance, elle a commencé par me financer un stage intensif de langue. » Dix-huit plus tard, il est bilingue et poursuit sa formation, toujours aussi motivé.

Partir au moins six mois
Trop peu d’apprentis bénéficient du programme européen favorisant la mobilité des : l’an dernier, ils n’étaient que 6 800 alternants sur un total de 43 000 étudiants français partis vivre cette expérience à l’étranger. « Et encore, pour une faible durée, de l’ordre de deux à trois semaines, alors qu’il faut partir au moins six mois pour connaître une véritable immersion, sortir de sa zone de confort », observe Jean Arthuis.

Avec les Compagnons du devoir
Un paradoxe, alors même que l’apprentissage est considéré comme un tremplin vers l’emploi. L’eurodéputé du Grand Ouest a réussi à avoir l’aval de la Commission européenne pour lancer un projet pilote qui concerne plusieurs Centres de formation et d’apprentissage, le tout sous le pilotage des Compagnons du Devoir, « car ils ont l’ADN de la mobilité, de l’ouverture au monde. »

Dans le projet de loi français
L’idée fait son chemin. Encore plus depuis ce Conseil franco-allemand de 2017, durant lequel les dirigeants des deux pays avaient admis un déséquilibre entre étudiants et apprentis dans l’obtention des bourses Erasmus. Depuis, Jean Arthuis a été chargé par Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, de remettre un rapport pour développer Erasmus pro. Ses préconisations vont figurer dans le projet de loi réformant la formation professionnelle et l’apprentissage qui sera bientôt voté par le législateur français.
Le président Emmanuel Macron veut porter à 15 000 le nombre d’apprentis français bénéficiaires du programme à la fin de son mandat. « Une dynamique s’amorce », assure Jean Arthuis. Du côté de l’Europe, seule une demande sur deux aboutit lorsque les étudiants déposent leur dossier Erasmus, faute d’un budget à la hauteur. « Il sera nécessaire de revoir les moyens à la hausse, en triplant les crédits actuels. » Pour 2018, le budget consacré à Erasmus atteindra 2,3 milliards d’euros.

 

(Propos recueillis par Ouest-France)