DÉPUTÉ
EN ACTION
AU PARLEMENT EUROPÉEN
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ODYSSÉE DE L’AQUARIUS, POUR RÉVEILLER L’EUROPE FACE AUX MIGRATIONS

En interdisant le débarquement des 629 migrants pris en charge par l’Aquarius, le ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini, a jeté une pierre dans le jardin de ce qu’il est convenu d’appeler le « système ». Ce « système », c’est à dire les Etats membres de l’Union européenne et leur mode de gouvernance, est resté aveugle face au défi des migrations. Les démographes prévoient le doublement de la population africaine dans les trente prochaines années. Aux populations qui fuient les guerres, s’ajouteront celles des sinistrés climatiques. Et ces derniers seront malheureusement de plus en plus nombreux si l’inertie se prolonge en matière d’aide au développement.

De ma mission en Sicile, en juillet 2015, j’ai gardé le souvenir que l’Europe, au nom du respect de la souveraineté nationale, laissait les autorités italiennes se débrouiller et se charger de l’accueil des migrants transitant par la Lybie. Une Lybie privée d’Etat depuis les péripéties tragiques des « Printemps Arabes ». Dès cette époque, après une série de drames transformant la Méditerranée en cimetière marin, les organisations criminelles qui embarquaient les migrants, rançonnés et dépouillés de leurs effets, dans des embarcations pourries prévenaient les services maritimes italiens afin qu’ils sécurisent la traversée à hauts risques. Une fois arrivés en Italie, via l’île de Lampedusa ou la Sicile, les infortunés passagers sollicitaient la reconnaissance de leur statut de réfugiés. La procédure d’instruction incombait, conformément aux accords surannés de Dublin, aux autorités italiennes tenues, par ailleurs, d’assurer l’hébergement des foules de demandeurs d’asile. Les aides versées à l’Italie par l’Europe ne représentaient qu’une fraction des dépenses.

La Commission a vainement tenté de sortir les Etats membres de leur aveuglement et de leur incapacité à répondre collectivement aux perspectives de migrations massives. A la générosité des uns s’opposait l’égoïsme des autres. Le désordre et la confusion ont permis aux adeptes du repli sur soi et du retour des frontières nationales de donner de la voix. Les électeurs italiens, le 4 mars, ont confié le pouvoir à une coalition europhobe rassemblant la Ligue d’extrême droite et le mouvement 5 étoiles.

Le nouveau gouvernement espagnol a ouvert ses ports à l’Aquarius. Celui-ci aurait pu tenter d’accoster en France, ou de franchir le détroit de Gibraltar pour rejoindre la mer du Nord ou la Baltique. Cet épisode doit nous aider à prendre conscience de ce qui nous attend et de la responsabilité qui nous incombe si nous entendons nous montrer digne de notre héritage de l’humanisme chrétien. Le défi des migrations ne peut être relevé que par l’Union des Etats européens. Instruction des demandes d’asile, accueil et insertion des réfugiés, surveillance des frontières, tarissement des sources de migration par rétablissement de la paix au Moyen-Orient et aide puissante au développement de l’Afrique, sont autant d’actions prioritaires qui ne peuvent être conduites efficacement et durablement qu’à l’échelon européen.