DÉPUTÉ
EN ACTION
DANS LE GRAND OUEST
© Crédits: Fanny GUYOMARD / Ouest-France
JEAN ARTHUIS, ENTRE L’EUROPE ET CHÂTEAU-GONTIER

Le Ouest-France consacrait cet été une rubrique aux "Personnalités du coin". Retrouvez ici le portrait de Jean Arthuis, dressé par la journaliste du quotidien, Fanny Guyomard.

Il se partage entre Bruxelles et Château-Gontier (Mayenne). Député européen, Jean Arthuis ne déserte pas les terres de la ville qui l’a vu grandir et élu maire, pendant 30 ans.

« Mes parents ne voulaient pas que je fasse de la politique ! » Il sera pourtant maire de Château-Gontier pendant trois décennies. Et accédera aux plus hautes fonctions politiques. Aujourd’hui député européen, Jean Arthuis a 73 ans et a toujours ses attaches mayennaises.

De l’Europe à Château-Gontier
Dans sa demeure castrogontérienne, les indices de sa longue carrière, aussi éclectique que ses centres d’intérêt, se trouvent dans la bibliothèque. Photographies aux côtés de hauts dirigeants jouxtent un cadre « Ami de Sainte-Suzanne » . Ouvrages d’art, rapports et premières pièces d’euros avoisinent un driver et son cheval sculptés par un Mayennais.

Optimisme, audace et travail
Comment expliquer cette permanence au pouvoir ? De son débit grave et maîtrisé, et après un petit temps de réflexion, Jean Arthuis propose : « Il faut aimer les gens et faire preuve d’optimisme. De l’audace, d’opiniâtreté, et sans doute beaucoup de travail. »

Le sens du travail, il raconte l’avoir hérité de ses parents. Marchands de volaille à Château-Gontier, ils espèrent que leur enfant unique reprendra leur commerce : donc pas question de faire de longues études. Mais les professeurs en décident autrement.

École de commerce
Car l’élève à Saint-Michel se débrouille plutôt bien. Quand il est convenu qu’il fera des études supérieures, on opte pour l’école supérieure de commerce à Nantes, actuellement Audencia. « C’était pratique : du commerce, avec une liaison directe en car de Château-Gontier à Nantes », sourit-il.

C’est un peu là qu’il fait ses premiers pas en politique. Comme Jean Arthuis intègre l’école avec les meilleures notes au concours, le directeur le désigne comme délégué des élèves. Un poste qui est renouvelé pendant les trois années de sa scolarité.

Sciences Po Paris
Là encore, il sort major de sa promotion. Direction Sciences Po Paris, où se précise la conscience politique de celui qui se laisse gagner par l’élan de mai 68.

Alors de retour à Château-Gontier, il a envie d’en découdre : « Quand on a une vingtaine d’années, on est assez critique vis-à-vis de la gouvernance en place. On a très envie de tout bousculer ! » , analyse le septuagénaire.

Maire à 26 ans
« Mais on ne peut pas être crédible si on critique sans se porter candidat. » Cela tombe bien, en 1971, les Castrogontériens doivent choisir leur maire. Jean Arthuis est élu. Il a 26 ans et ne quittera sa fonction que 30 ans plus tard.

De son mandat, il retient la création, à son arrivée, d’usines relais pour créer de l’emploi. Plus tard, la construction de la piscine couverte ou du centre culturel des Ursulines… « C’est le mandat qui m’a donné le plus de satisfaction, car on est au plus près des citoyens et du terrain. »

Conseil de l’hôpital
Il a ensuite occupé diverses fonctions : conseiller puis président du conseil départemental de la Mayenne, sénateur, secrétaire d’État sous Mitterrand, ministre sous Chirac, et missionné depuis avril par Edouard Philippe pour rédiger un rapport sur la filière équine.

Aujourd’hui, le député européen passe la majorité de son temps à Bruxelles et à Strasbourg. « Mais le vendredi et le samedi, je suis dans ma circonscription » , précise-t-il. Et signe de son attache à Château-Gontier, il préside toujours le conseil de l’Hôpital. Depuis maintenant 47 ans.

Jean Arthuis a également gardé la ferme de ses parents, à Saint-Fort. Celui qui participait à des compétitions de driver monte à cheval chaque semaine. Et de son léger sourire, surmonté par le sérieux des sourcils habituellement froncés, il conclut : « la campagne mayennaise est si belle… »

Fanny GUYOMARD, Samedi 25 août 2018, Ouest-France Mayenne