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QUELLES PERSPECTIVES POUR L’EUROPE ?


L’ancien ministre de l’Économie, Jean Arthuis, de passage à Rouen pour parler d’Europe


Conférence. L’ancien ministre de l’Economie aujourd’hui député européen, Jean Arthuis, est à Rouen demain.

L’ancien ministre de l’Économie, Jean Arthuis, de passage à Rouen pour parler d’Europe


Figure importante du centre en France, Jean Arthuis (UDI) a été plusieurs fois ministre, notamment à Bercy de 1995 à 1997. Désormais député et président de la commission des budgets au Parlement européen, il sera de passage demain dans l’amphithéâtre de l’université populaire pour une intervention sur le thème : « Quelles perspectives pour l’Europe ? »

L’actualité c’est la Grèce, quel scénario privilégiez-vous ?

Jean Arthuis : « Le gouvernement de M. Tsipras a exprimé très clairement sa volonté de rester dans l’Union européenne et dans la zone euro, il sera donc bien obligé de respecter les règles que la zone euro s’est données pour gérer sa monnaie unique [déficit et dette inférieurs à 3 % et 60 % du PIB, NDLR]. La Grèce a été admise précocement alors que manifestement elle ne remplissait pas ces conditions, c’est donc les autres membres qui ont assumé la responsabilité. Ils auraient dû la surveiller comme on surveille le lait sur le feu, ce qu’ils n’ont pas fait. Parce qu’au fond c’était assez sympathique d’assurer des fournitures à la Grèce, des travaux publics pour les stades olympiques, des métros... On ne se préoccupait pas de savoir comment la Grèce traduisait ça dans ses comptes publics.

Les comptes publics maquillés

Il a fallu attendre 2009 et une alternance politique en Grèce pour découvrir que les comptes publics avaient été maquillés. Dans la précipitation, on a mandaté une troïka qui a pris des décisions d’une sévérité extrême, excessive au plan social. Ceci aboutit aujurd’hui à la majorité de Syriza. Il va falloir discuter. De toute façon la dette est telle que manifestement les Grecs ne peuvent pas y faire face. Je pense qu’on trouvera des arrangements en étalant cette dette dans le temps, peut-être en réduisant une partie du comptant. Mais il faudra que les Grecs acceptent de faire certaines réformes. »

La montée des euroscepticismes vous inquiète-t-elle ?

« Je crois que l’Europe globalement dysfonctionne. Les chefs d’État et de gouvernement prolongent d’une part l’illusion qu’ils ont encore le pouvoir et qu’ils peuvent exercer leur souveraineté, mais d’autre part ils ne parviennent pas à cacher leur impuissance politique. Prenez le numérique par exemple, les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon, NDLR] ne paient quasiment pas d’impôts en Europe à cause de la concurrence fiscale que se livrent les États entre eux. Cette impuissance exaspère nos concitoyens et alimente l’euroscepticisme, l’europhobie. Il va falloir que la gouvernance publique reprenne en main son destin en partageant les souverainetés et en donnant à l’Europe un pilotage politique qui pour l’instant n’existe pas. »

Lutter contre les populismes passe par un assainissement de la vie politique. Le numéro du magazine Pièces à conviction (France 3) sur nos dispendieux sénateurs a suscité pas mal de réactions. Vous qui avez été sénateur pendant plus de trente ans, vous comprenez qu’on ne comprenne pas ?

« Je comprends ça et il faut s’interroger, mais ce qui est vrai pour le Sénat est vrai pour l’Assemblée nationale. Il y a en France, notamment chez certains de vos confrères, l’idée que le Sénat est une institution en marge et une espèce de synécure pour des parlementaires, ce qui heureusement n’est pas le cas. Cela étant dit, on a besoin de plus de transparence, la gouvernance des assemblées doit être effectivement améliorée, elle se laisse aller à des dérives qui sont blâmables. Il n’est pas question de continuer ainsi. Je serais d’avis de réduire le nombre de parlementaires. À partir du moment où l’on va vers le mandat unique il n’y aura pas d’inconvénient à diviser par deux le nombre de députés et de sénateurs. »

Propos recueillis par Edouard Ropiquet