MISSION ERASMUS PRO
PÉRÉGRINATIONS D’UNE BRESTOISE EN QUÊTE D’EUROPE

"Brexit, crises migratoires, vagues indépendantistes, montée des populismes et de l’euroscepticisme, création d’un groupe FN au Parlement européen... l’Union européenne traverse depuis quelques années une importante zone de turbulence et doit faire face à de nombreux défis et critiques. Pour autant, le tableau n’est pas totalement noir. L’année 2017 fut l’occasion de nous remémorer les succès de la construction politique européenne grâce à la célébration du 30ème anniversaire du programme phare de l’Union européenne : ERASMUS. Ce projet trentenaire est considéré par tous comme la plus belle réussite de l’Union.

Il a notamment permis à près de cinq millions de jeunes de partir pendant plusieurs mois étudier dans un autre pays que leur pays d’origine. Grâce à ces échanges, s’est ainsi créée une réelle génération d’Européens, dotée d’une véritable conscience citoyenne européenne. Cette génération dite « Erasmus », malgré les critiques faites à l’Europe, a gardé confiance en cette union politique et permet d’imaginer plus sereinement l’avenir de ce continent.

Néanmoins, il est certain que nous ne partageons pas tous ce sentiment qui fait de chacun de nous un européen convaincu. Aujourd’hui, après des études de politiques européennes, un stage à la Commission européenne, et de stagiaire au sein du bureau parlementaire de Jean Arthuis à Bruxelles, ma conviction européenne est fortement ancrée en moi. Et pourtant, Brestoise de naissance rien ne me prédestinait à m’installer à Bruxelles et à tracer ma route d’Européenne.   

Comment prendre alors conscience de sa citoyenneté européenne ?

Issue d’une famille finistérienne de génération en génération, ma vocation de bretonne était plus de prendre la mer que la terre. Cela peut paraître anecdotique mais habiter à la pointe du continent européen, au « Far West breton », ne donne pas souvent l’opportunité d’appréhender la liberté de circulation qu’offre la citoyenneté européenne. J’ai donc, pendant longtemps, perçu l’Union européenne comme un concept flou, ne comprenant pas toujours la valeur ajoutée qu’elle pouvait représenter pour moi.  

C’est en partant en première année de master dans le cadre du programme Erasmus+, à l’université de Wroclaw en Pologne, que j’ai compris ma chance d’être non seulement française mais également européenne. C’était la première fois que je quittais mon Finistère natal pour me confronter à d’autres cultures et modes de vie, entourée d’autres étudiants qui, comme moi, avaient fait le choix de vivre cette expérience.

Cette année a finalement agi sur moi comme un révélateur car c’est à l’issue de celle-ci que j’ai fait le choix de m’orienter vers l’étude des politiques européennes et d’en faire mon projet professionnel à long terme.  Erasmus a été aussi un désinhibiteur sur le plan personnel puisque durant cette année j’ai pris la décision de vivre seule dans un pays autre que mon pays d’origine. D’ailleurs, cela fait désormais un an que je me suis expatriée à Bruxelles pour être au cœur de la machine européenne.

Enfin, cette année en mobilité m’a ouvert les yeux sur ce que signifie se sentir européenne. J’ai alors pu profiter d’être au cœur de l’Europe pour voyager et aller à la découverte des pays limitrophes à la Pologne. Dans un monde toujours tourné vers l’Ouest, j’ai pour ma part développé une appétence pour les pays de l’Est.  

Cependant, tout le monde n’a pas la chance de profiter du programme Erasmus+. Depuis sa création, il s’adresse aux seuls étudiants universitaires laissant donc pour compte une vaste partie de la jeunesse européenne.

Aujourd’hui, en tant qu’européenne convaincue, je me reconnais dans le travail de Jean Arthuis et de son équipe au Parlement européen. En commençant son mandat de parlementaire européen, Jean Arthuis, conscient de l’importance du de l’expérience Erasmus, a décidé de se lancer un grand défi : ouvrir Erasmus aux jeunes européens en apprentissage. Comme il le souligne : les apprentis sont des « étudiants des métiers », qui avaient jusqu’alors accès à des mobilités n’excédant pas quatre semaines.

En 2018, le pari a été gagné.  Le projet pilote alors démarré en 2015 : « Erasmus Pro » devient un programme à part entière de la Commission européenne avec un budget qui lui est proprement alloué. Ce sont alors quelques 50 000 apprentis qui pourront partir tenter l’aventure européenne d’ici à 2020.

Par ailleurs, le budget européen de 2018, défendu également par Jean Arthuis dans son rôle de Président de la commission des budgets au Parlement européen, est la preuve que les programmes européens dédiés à la jeunesse et aux mobilités ont de beaux jours devant eux : en 2018, plusieurs de ces programmes - dont Erasmus+ - verront leurs fonds augmentés pour permettre à un maximum de jeunes d’en profiter.

Gage d’une Europe en bonne santé, cette génération d’Européens, dont je fais partie, aura désormais un rôle à jouer dans l’avenir de l’Union européenne. Consciente que les défis à relever sont lourds, les programmes dédiés à la mobilité des jeunes ne sauveront pas, à eux seuls, l’Union européenne. Toutefois, la libre circulation étant au fondement de la construction européenne, je pense sincèrement qu’elle pourra contribuer à l’émergence d’un sentiment citoyen européen.

La valeur ajoutée européenne est donc indéniable. Sans une prise de conscience, des nouvelles comme des anciennes générations, l’Europe peinera à faire face à l’aversion dont elle victime."

 

Camille Louédec