PRESSE
© Ouest France
LA FRANCE DOIT PRENDRE SA PLACE DANS UNE EUROPE DE LA DÉFENSE

Au lendemain du sommet de l’OTAN, la sécurité et la défense sont enfin au cœur du projet européen. La France est au premier rang, même si ses partenaires lui ont reproché de s’engager parfois sur des théâtres extérieurs sans les consulter préalablement, elle a créé les effets d’entraînement, notamment au Mali. Notre nouveau gouvernement doit se mobiliser pour la sortir de l’isolement où elle s’est installée en concentrant sa coopération militaire avec le seul Royaume-Uni.  De son côté, l’Allemagne a pris l’initiative de jeter les bases d’un dispositif collectif et efficace.

Les Européens ont tardé à prendre conscience des menaces que la mondialisation fait peser sur leur destin. Au-delà de l’économie et du numérique, elles visent désormais la sécurité et les capacités de défense. La multiplication des attentas terroristes, l’instabilité des pays du voisinage, les guerres au Proche et Moyen-Orient avivent l’inquiétude. Emmanuel Macron a raison d’appeler à la construction d’une Europe qui nous protège. Tabou jusqu’à une période récente, l’Europe de la défense devient une priorité politique. Dans ce contexte, la France ne peut rester en marge du mouvement décisif qui s’amorce. La méfiance qu’elle avait manifestée en 1954 pour s’opposer au projet de Communauté Européenne de Défense (CED), au moment où l’Allemagne devait se réarmer sous la pression de la guerre froide et des Américains, n’est plus de mise La nécessité de nous appuyer sur un outil militaire d’importance suffisante, efficace et autonome s’impose chaque jour d’avantage. Les initiatives convergent en ce sens. La Commission encourage les Etats membres à la coopération pour acquérir les équipements nécessaires à leurs armées. De son côté, le Parlement vient de voter une ligne de crédit consacrée à la recherche et à la technologie de défense.

Jusqu’à maintenant, la France s’est tenue à une tradition de prudence vis-à-vis de tout soupçon d’atteinte à sa souveraineté militaire et s’est montrée réticente à tout engagement multilatéral. Ces dernières années, elle a privilégié la coopération avec le Royaume-Uni et a négligé ses autres partenaires européens, notamment l’Allemagne. Or celle-ci ne nous a pas attendus. Mesurant les évolutions de son environnement, elle a levé ses réticences à s’équiper et recherché à constituer des partenariats, pour renforcer le pilier européen de l’OTAN, outil de défense collective. Depuis 2013, elle a développé le « concept de nation cadre » (FNC) pour combler, par la coopération, les déficits capacitaires. C’est ainsi qu’elle est parvenue à créer une fédération qui regroupe dix-neuf pays européens, rejoints par la Suisse. Cette approche prévoit des échanges de personnels, la mutualisation de moyens, des structures conjointes de commandement, ainsi que l’acquisition de futurs équipements en commun.

Estimant qu’elle dispose d’une supériorité du fait de ses missions de guerre sur des théâtres extérieurs, la France a considéré ce concept avec scepticisme. Pendant ce temps, l’Allemagne avance, très présente dans les institutions européennes. Elle prend les devants en vue d’activer la coopération structurée permanente dans le domaine de la défense, comme le prévoit le traité de Lisbonne. La vision et les enjeux de leadership sont ainsi posés.

Ainsi prise de court par l’Allemagne, la France doit réagir. La valeur ajoutée que l’Union européenne peut apporter dans le domaine de la défense n’est plus à démontrer. Alors que partout dans le monde les grandes puissances rehaussent leurs budgets militaires, tout isolement, nous fait encourir le risque d’un déclassement de notre industrie et de notre outil de défense. Veillons à ce que faute d’avoir partagé certains moyens, l’atteinte à notre souveraineté nationale ne devienne durable. Au moment où le Royaume-Uni décide de prendre congé, la France doit occuper la place qui lui revient et assumer, avec l’Allemagne, un rôle moteur pour la sécurité et la défense en Europe.