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QUELLE POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE?

Constat alarmant, le revenu agricole s’est effondré en 2016. Au-delà des conditions climatiques, il convient de s’interroger sur l’avenir de l’agriculture et de l’impact des politiques publiques tant au plan national qu’européen. C’est dire l’urgence d’une réflexion collective. Si les prochains États généraux de l’alimentation doivent esquisser des réponses, il est à craindre qu’ils laissent une place excessive à des considérations environnementalistes spécifiquement françaises et fassent l’impasse sur la compétitivité et les contraintes d’un marché désormais européen. Certes européen, mais trop largement ouvert au monde. Remaniée à maintes reprises la Politique Agricole Commune (PAC) est en question

Ses mécanismes sont devenus si complexes et bureaucratiques qu’elle n’est plus explicable. De moins en moins agricole du fait du poids croissant du pilier « verdissement », elle est devenue, aussi, de moins en moins commune en raison des interventions budgétaires et réglementaires décidées par les États membres. Pourtant, seule une PAC ambitieuse sur l’économie permettra à l’agriculture de répondre aux défis environnementaux. Seule une PAC véritablement commune permettra de protéger nos agriculteurs face aux aléas de plus en plus nombreux auxquels ils sont confrontés.

Lorsqu’il revient au pouvoir, au lendemain du traité de Rome instituant le marché commun, le général de Gaulle accepte l’ouverture des frontières, mais la conditionne à la mise en place d’une politique agricole commune. Cette priorité donnée à l’agriculture répond à l’ambition légitime d’assurer durablement l’autonomie et la sécurité alimentaires de l’Europe. La PAC ne peut se limiter aux considérations budgétaires. À quoi sert-il de verser des subsides publics à des agriculteurs voués à la faillite du fait de la chute des prix ? Deux mesures s’imposent. La première concerne les accords de libre-échange. Comment peut-on justifier les quotas d’importation de viande bovine dans un marché saturé par l’offre européenne ? Est-il judicieux d’ouvrir des négociations avec la Nouvelle-Zélande qui livre son lait sur le marché mondial au prix de 170 euros la tonne ? Les produits agricoles doivent  être sauvegardés dans les traités de commerce international. La seconde mesure concerne les règles de la concurrence. Face à des acteurs de la transformation ou de la distribution en situation de position dominante, les agriculteurs doivent pouvoir se regrouper en associations de producteurs.  Il s’agit tout à la fois de rééquilibrer le rapport des forces en présence et de faciliter les initiatives de segmentation du marché par des signes distinctifs et l’émergence de marques à l’initiative des producteurs. Le revenu doit avant tout résulter des prix plus que des subventions.

Quant aux fonds publics, près de 60 milliards d’euros par an, ils doivent, certes, compenser les surcoûts imposés à nos agriculteurs pour atteindre les standards les plus élevés au monde. Mais il n’est pas possible de limiter la PAC à cela. Il est aujourd'hui urgent de retrouver le chemin de l’investissement dans une agriculture performante, alliant compétitivité et durabilité. L’agriculture est à la veille d’une véritable révolution agronomique et technique, saisissons cette chance ! Cessons la guerre des tranchées idéologiques, un jour sur le glyphosate, l’autre sur la taille des fermes. Mettons-nous au travail pour, au contraire, bâtir une agriculture progressiste, diverse, capable de concilier la protection de notre cadre de vie et de notre santé, avec une agriculture compétitive. Et ce, en mettant les agriculteurs en tant qu’entrepreneurs responsables au centre des solutions de demain. C’est à cette condition que la PAC retrouvera sa valeur ajoutée politique et que nous rétablirons la confiance dans une profession si rudement éprouvée.