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« FRANÇOIS RÉGIS HUTIN ÉTAIT UN HOMME ATTACHANT »

Le Mayennais Jean Arthuis préside la commission des Budgets au Parlement européen. Il rend hommage à François Régis Hutin, décédé dimanche 10 décembre, qu’il estimait et dont « les engagements étaient clairs ».

" Une vision de l’Europe. Un engagement sans faille. C’était une constante chez François Régis Hutin. Pour lui, l’Europe était à la mesure des défis de la mondialisation. Elle nous permettait de faire fructifier les valeurs sociales, humanistes et de liberté.

J’aimais bien lire ses éditos du samedi matin. Il y a deux semaines, il se montrait par exemple très sourcilleux sur la coalition allemande et il en appelait au sursaut et à l’intérêt de l’Europe pour sortir des considérations partisanes nationales.

Ses engagements étaient clairs. À sa façon, il éclairait le chemin. Il donnait la direction à suivre. Il était intransigeant sur ces valeurs. Dans un monde, global, désordonné et devenu dangereux, il n’y a que l’Europe pour nous permettre de préparer notre avenir. De maîtriser le cours des choses sans être à la merci des états continents et des intérêts économiques multinationaux.

J’échange beaucoup avec Jeanne-Françoise, son épouse, très engagée dans la maison de l’Europe. Celle de Bretagne est d’ailleurs installée dans les anciens locaux d’Ouest-France, à Rennes. C’est révélateur. De temps en temps, je rencontre leur fille Jeanne-Emmanuelle, qui accompagne les journalistes d’Ouest-France qui, ponctuellement, viennent passer plusieurs journées en formation à Strasbourg ou à Bruxelles. C’est dire l’engagement du journal sur l’international, pour éclairer, faire comprendre dans une Europe qui a du mal à parler aux citoyens.

J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Laval, pour l’inauguration de la rédaction, avenue Robert-Buron, mais aussi dès 1986 quand j’étais secrétaire d’État des Affaires sociales et de l’Emploi. C’était un grand monsieur, qui impose une distance, une indépendance par rapport au politique. Avec lui, lorsque la conversation s’engageait, on allait d’emblée au fond des questions. Il était tranché et exigeant, ne laissait place ni à l’approximation ni à l’improvisation.

Il avait une foi profonde qu’il ne dissimulait pas. Il était à l’équilibre entre ce qui relève de la raison et de la foi. Ceci portait son message d’optimisme et de confiance. J’ai le souvenir de l’avoir vu, à nos côtés, pendant les entretiens de Fontevraud organisés par les centristes dans les années 1990. On s’interrogeait sur l’avenir de la politique et de l’Europe. Il était là.

Il est également venu à un Euroforum que j’ai organisé à Nantes en février dernier. Il était question de scandales fiscaux, des Panama papers. Mario Monti, ancien président du conseil européen, y avait participé.

François Régis Hutin était un homme attachant pour lequel j’ai beaucoup d’estime. Le phare, en s’éteignant, lègue un riche héritage. »