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JEUX : LE RAPPORT ARTHUIS PRÉCONISE DE NATIONALISER LE PMU

Comment relancer les courses et redynamiser les paris hippiques en déclin continu depuis le début des années 2010 ? Le député européen LaREM, Jean Arthuis, vient de plancher sur la question dans un rapport sur la filière équine qu'il a rendu mercredi au premier ministre, Édouard Philippe. Dans ce document dont Le Figaro s'est procuré une copie, l'ex-ministre de l'Économie qui a longtemps été élu de la Mayenne, une terre de cheval, esquisse quelques pistes.

Il y a urgence à réformer le système. Ce rapport parle d'une « situation dramatique » pour les sociétés de courses (France Galop et Le Trot), précisant : « Les indicateurs du secteur des courses sont au rouge [...]. Si aucune réforme structurelle n'est entreprise, la cessation de paiement s (pour France Galop et Le Trot, NDLR) à horizon 2020 ou 2021 doit désormais être envisagée. »

La préconisation la plus radicale de Jean Arthuis : en finir avec le contrôle du PMU par France Galop et Le Trot au travers d'un GIE (Groupement d'intérêt économique). Transformer l'opérateur de paris hippiques en société commerciale dont l'actionnaire majoritaire serait l'État. Autrement dit, nationaliser le PMU. « Les représentants de l'État au sein du conseil d'administration devront être majoritaires en voix », lit-on dans ce document.

Nul doute que France Galop et Le Trot n'accueilleront pas favorablement cette proposition car cela représente une perte de pouvoir. En revanche, les sociétés de courses ne devraient pas perdre de recettes. Aujourd'hui, elles touchent à 50/50 la totalité du résultat net du PMU, soit près de 800 millions d'euros par an. Dans le nouveau système, le PMU les rémunérerait pour l'organisation des courses et le versement des prix aux chevaux qui courent. « Les montants devraient être similaires », glisse Jean Arthuis.
Pour justifier cette nationalisation, le député européen met plusieurs points en avant. « Cela fait trente ans que les sociétés mères du PMU n'ont pas mis en place les réformes indispensables , explique-t-il au Figaro . Le monde des courses, c'est l'entre-soi. Il faut en finir. » En contrepartie, le PMU obtiendrait la garantie de garder le monopole sur les paris hippiques dans le réseau physique pendant quinze à vingt-cinq ans. Une sécurisation de ses droits qui n'est pas anecdotique car, aujourd'hui, une simple loi pourrait remettre en cause ce monopole.
L'État pourrait aussi faire des efforts. Par exemple, accepter que les taxes soient perçues sur le PBJ (produit brut des jeux) - le vrai chiffre d'affaires du PMU - et plus sur les mises. Par ailleurs, Jean Arthuis estime que l'adoption du statut de société favoriserait l'activité de l'opérateur de paris hippiques. Cela lui permettrait notamment de contracter des emprunts alors que c'est interdit aux GIE.
Par ailleurs, Jean Arthuis engage le PMU à revoir sa stratégie. Il plaide pour l'arrêt des activités de paris sportifs en ligne et de poker sur le Web. « Le PMU doit sortir de ces métiers car ils brouillent son image et sont très peu rentable s », estime le député européen qui pointe aussi du doigt le fait que le « cross-selling » visant à recruter des clients sur ces activités de diversification pour les transformer en parieurs hippiques n'a pas fait ses preuves.
Autre recommandation : diminuer le nombre de paris possibles sur une même course pour clarifier l'offre. Cela n'empêcherait pas de lancer de nouveaux produits. « L'offre de pari en direct (« live betting ») sur le résultat final de la course pourrait être envisagée », lit-on par exemple dans le rapport.

Nécessaires économies

Poser la question de l'intérêt des activités de diversification et simplifier l'offre... sur beaucoup de sujets, Jean Arthuis et Cyril Linette, nommé directeur général du PMU au printemps, ont peu ou prou la même analyse. Le rapporteur est plus précis sur un point : les nécessaires économies que devra faire l'opérateur de paris hippiques. Dans le viseur de Jean Arthuis, les dirigeants comme les collaborateurs. « La mission demande à ce que les salaires des cadres dirigeants du PMU soient revus afin de les associer aux efforts de réduction des avantages demandés à l'ensemble des agents », lit-on dans le rapport.
Quant aux conventions collectives, très favorables, elles mériteraient d'être toilettées. Une série de propositions décoiffantes qui sont désormais sur la table du premier ministre. Les prochains mois diront si le gouvernement veut entamer cette réforme d'envergure ou pas.

Source: Le Figaro