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© Crédits: Parlement européen
LE MARATHON DU BUDGET PLURIANNUEL A COMMENCÉ

Le marathon du budget pluriannuel a commencé. La mère de toutes les batailles politiques européennes, qui se déroule une fois tous les sept ans et vise, cette fois, à définir les enveloppes budgétaires de l'Union européenne pour la période 2021-2027, avait été impulsée, au printemps, par la Commission européenne. Désormais, ce sont les Etats membres et le Parlement européen qui s'en saisissent.

Le débat est, par définition, houleux : non seulement l'Union s'est fixé comme objectif de financer de nouvelles priorités, relatives à sa sécurité et à la migration notamment, mais il faut en plus composer avec le Brexit. Autrement dit, un pays qui contribuait à hauteur de 12 à 14 milliards d'euros par an va se retirer du club.

Dans ce contexte, le Parlement européen a présenté, mardi, ses propositions. Volontariste, l'institution suggère de faire passer la contribution des Etats membres de 1 % à 1,3 % de leur revenu national brut (RNB). Elle propose, par exemple, de tripler le programme Erasmus, ou de doubler l'initiative pour l'emploi des jeunes. La Commission européenne, elle, propose le chiffre de 1,11 % du RNB. « Sachant que la contribution des Etats membres a déjà été de 1,27 % par le passé, notre proposition n'est pas irréaliste », plaide Jean Arthuis, qui préside la commission des Budgets du Parlement européen et rappelle que c'est l'insistance de David Cameron, alors Premier ministre britannique, qui avait fait revoir à la baisse les contributions nationales lors de la dernière grande négociation pluriannuelle. Pour ce dernier, « on ne peut pas célébrer le 11 Novembre comme on l'a fait sans donner à l'Europe les moyens de répondre aux attentes de ses citoyens ».

Vitesse ou qualité
Les Etats membres, eux, avancent à pas comptés. Vu qu'il leur faudra aboutir à une décision à l'unanimité, la machine diplomatique européenne déploie tout son savoir-faire pour déminer les sujets par ordre d'importance. Au risque d'inquiéter la Commission européenne, qui milite pour une négociation accélérée, de manière à ne pas reproduire les blocages de la dernière négociation. La ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, ne l'entend pas de cette oreille. Lors d'une réunion avec ses homologues, lundi à Bruxelles, elle a estimé que la priorité était « d'avoir un bon budget » et non pas « de se précipiter pour avoir n'importe quelle forme de budget avant les élections ».

Avant d'évoquer les montants, les ministres européens ont amorcé, lundi, une discussion concernant les contours des futurs programmes européens. Pas question par exemple, pour Paris, de s'engager sur une enveloppe financière sans avoir sécurisé quelques certitudes. Première d'entre elles : la Politique agricole commune (PAC) ne devra pas être fortement rabotée ou dénaturée.

Du côté des pays situés à l'est du bloc, la mobilisation est générale pour empêcher une trop grosse saignée des politiques de cohésion, qui ont massivement irrigué leurs économies au cours des deux derniers programmes pluriannuels - au détriment de certaines régions du Sud du continent. La France est également vigilante sur cette politique de cohésion : l'apparition d'une nouvelle catégorie de régions, proposée par Bruxelles, permettrait à des territoires ayant subi une désindustrialisation de recevoir des financements européens.

Parmi les chevaux de bataille français figure enfin la demande de nouvelles « ressources propres » pour l'Union : l'idée serait d'allouer de nouvelles taxes au budget européen. Paris évoquait, entre autres, un mécanisme visant à taxer le carbone aux frontières de l'Union. Le débat « ne suscite pas un enthousiasme débordant », lâche toutefois une source européenne.

Gabriel Grésillon, journaliste pour Les Echos