DÉPUTÉ
EN ACTION
AU PARLEMENT EUROPÉEN
© Libre de droit
TTIP : LA CHARRUE AVANT LES BOEUFS !

"Un jour viendra où l'on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d'Amérique, les Etats-Unis d'Europe, placés en face l'un de l'autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies."  Ainsi parla Victor Hugo en 1849. Il rêvait déjà d'un traité transatlantique. Et je partage son rêve, mais j'émets trois réserves.

Première réserve à propos des forces en présence. D'un côté un Etat fédéral, de l'autre 28 égoïsmes nationaux. L'Etat fédéral est à ce point puissant qu'il peut extra-territorialiser son droit et infliger de lourdes amendes à des banques et entreprises européenne, alors même que les faits qui leur sont reprochés n'ont pas été commis sur le territoire américain. Maints exemples révèlent les discordances entre les Européens. A l'été 2013, pour amorcer une industrie de la transition énergétique, le Commissaire chargé de la concurrence proposa l'instauration d'une taxe de 50% sur les importations de panneaux photovoltaïques chinois, arrivant chez nous à des prix scandaleusement bas. Salutaire initiative. Qu'advint-il? rien, parce que les Européens furent incapables de se mettre d'accord.

Deuxième réserve, nous prônons un marché unique EU-UE, alors que l'espace européen, dans de nombreux domaines reste fragmenté (télécommunications, produits pharmaceutiques, transports, accès au crédit..). Ne devons-nous pas, avant tout, achever le marché unique, avant que de négocier un marché unique avec les USA? Le développement des PME dépend avant tout du marché européen, à condition que les barrières de tous ordres soient levées.

Troisième réserve, la monnaie. Nous avons créé l'euro pour mettre fin aux dévaluations compétitives. Nous avons bien vite constaté que lorsqu'il y a autant de monnaies que de pays constituant un espace économique commun, l'instabilité des parités entre les monnaies de cette communauté brise la croissance et déclenche la montée du chômage. C'est pour y mettre un terme que nous avons créé l'euro. Or nous voulons créer un marché unique UE-EU avec deux monnaies émises par deux instituts, la Réserve fédérale américaine et la Banque Centrale Européenne, dont les doctrines sont éloignées.

Ne mettons pas la charrue avant les boeufs. Donnons à l'Europe un gouvernement apte à négocier un traité transatlantique. Le fédéralisme a ses vertus. Nos 28 justices européennes ont été bien incapables de mettre en cause les turpitudes de la FIFA dans le monde du football. De même, si la Suisse a renoncé au secret bancaire, c'est sous la pression des autorités américaines. Les Européens ayant jusqu'à maintenant campé dans la pusillanimité.

Au delà de toutes les promesses, l'UE est au pied du mur. Pour faire de la croissance et inverser la courbe du chômage, nous avons besoin d'une politique économique et sociale. Le problème de l'Europe est qu'elle n'a pas de politique. Nous avons trop longtemps cru que le pacte de stabilité et de croissance est une politique. Il n'est qu'un règlement de co-propriété. L'intégration politique ne peut plus attendre. La zone est bien l'embryon du fédéralisme."