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LA VISION EUROPÉENNE DOIT PRÉSIDER

La Constitution de la Vème République donne au Président de puissantes prérogatives. La réalité est plus cruelle. Au fil des décennies, le doute s’est installé dans l’esprit des citoyens. Comme si ceux qui ont mission d’exercer le pouvoir n’avaient plus, dans de nombreux domaines, prise sur la réalité : montée du chômage de masse, immigration subie, attentats terroristes, altération des climats, déficits chroniques, endettement abyssal.

Nous prenons conscience que le monde change à vive allure. Longtemps fière d’occuper le cinquième rang des économies mondiales, la France voit avec effroi la montée en puissance de la Chine, de l’Inde et des pays émergeants. Les entreprises multinationales se jouent des organisations étatiques pour éviter l’impôt et les contraintes réglementaires. Luxleaks, Panama Papers, Footballleaks défraient la chronique et scandalisent les contribuables scrupuleux. Internet et les géants du numérique défient les lois nationales. L’hyper-financiarisation laisse planer une menace de tsunami économique et social à l’échelle de la planète. La simple évocation de la mondialisation déclenche peurs et angoisses. En fait, le monde est dangereux parce qu’il n’est pas organisé. Il y a donc urgence à se protéger et à tenter de jeter les bases d’une régulation mondiale. La France seule est-elle en position d’y contribuer ? Il est permis d’en douter.

Notre influence passe par un partage d’une partie de notre souveraineté avec nos partenaires Européens. Il est vain, au plan national, de prolonger l’illusion plus longtemps. Le spectacle de l’impuissance suscite la révolte et la colère des peuples, la tentation du repli sur soi et de l’isolement. S’il est vrai que l’Europe ne fera pas à notre place les réformes qui nous incombent pour remettre notre pays en marche, c’est le devoir du prochain Président de mettre en œuvre les mesures nécessaires, avec lucidité, pédagogie et courage.


En revanche, l’Europe doit désormais s’occuper des « grandes questions ». L’impuissance n’est pas une fatalité. Ce qui est vrai au plan local, mutualisation, regroupement, coopération, doit prendre corps au plan européen. Si l’Union européenne dysfonctionne, c’est parce qu’elle reste une addition d’égoïsmes nationaux. Les dirigeants des États membres ne lâchent rien et jouent les prolongations. Leur faute est d’avoir jalousement gardé des prérogatives qu’ils ne peuvent plus exercer seuls. Et cependant, à l’occasion des alternances, les nouveaux élus, de gauche comme de droite, ont souvent été obligés de  se contredire pour éviter le chaos où les auraient conduits leurs promesses électorales visant à s’écarter du cap européen. François Mitterrand en 83, Jacques Chirac en 95, Lionel Jospin en 97, Nicolas Sarkozy en 2010, François Hollande en 2012.

Le prochain Président de la République sera appelé, dans l’intérêt de la France et des Français, à sortir l’Europe de l’ornière où l’enlise son absence de gouvernement politique. Il aura pour tâche de faire de l’Europe une puissance mondiale et devra pour cela promouvoir une souveraineté européenne démocratiquement consentie et partagée. Au moment où les Etats Unis d’Amérique sont tentés par l’isolationnisme, l’Europe est face à son destin. J’attends des candidats qu’ils nous fassent connaître leur vision du devenir de notre continent et démontrent la cohérence de leur projet pour la France et leur ambition de redonner à l’Europe sa place dans l’Histoire.