DÉPUTÉ
EN ACTION
AU PARLEMENT EUROPÉEN
CE SOIR, JE QUITTE LE SÉNAT POUR ENTRER AU PARLEMENT EUROPÉEN

C’est ce soir, à minuit, que je cesse d’être sénateur après plus de trente années, interrompues à deux reprises pour prendre part au gouvernement. Je suis fier d’y avoir représenté les Mayennais et d’y avoir exercé des responsabilités passionnantes, avec ardeur et conviction, comme rapporteur général du budget (1992-1995), président du groupe de l’Union centriste (1998-2002), président de la commission des finances (2002-2011).

Je crois pouvoir affirmer que j’ai beaucoup travaillé, j’ai « fait le job », aidé en cela par des collaborateurs exceptionnels dont je salue la lucidité, l’expertise, l’intelligence et l’engagement sans faille. A maintes reprises, j’ai tiré la sonnette d’alarme, rejet du budget 1993 pour cause d’insincérité, refus de voter la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2012, pour cause de laisser-aller face aux dérives manifestes, publié des rapports, « Justice sinistrée, démocratie en danger » en octobre 1991, « Les délocalisations des activités et des emplois » en juin 1993, « Réduction autoritaire du temps de travail à 35 heures, on ne spécule pas avec l’espoir des Français ! », formulé des propositions « TVA sociale » pour rétablie la compétitivité et lutter contre le chômage, gestion patrimoniale de l’Etat pour accroître la pédagogie et rendre compte de la gestion publique, renforcement des contrôles de l’action du gouvernement et des administrations publiques, dénoncé toutes les dérives de cosmétique budgétaire, publié des livres « mondialisation, la France à contre-emploi » en 2007, « SOS finances publiques » en 2011, « La France peut s’en sortir » avec Michel Sapin, en 2012.

Triste constat, depuis que je siège au Sénat, la France n’a cessé de s’enfoncer dans l’endettement et le déclin. Pendant toutes ces années, en dépit de mes alertes, je n’ai pas trouvé l’écho que j’espérais. Tout s’est déroulé selon un rituel qui fait du Parlement le complice des dysfonctionnements de l’Etat. Lorsque le gouvernement était soutenu par une majorité de gauche à l’Assemblée nationale, notre majorité de droite sanctionnait les projets de lois sans toujours s’assurer de la faisabilité de ses amendements. Lorsque le gouvernement était soutenu par une majorité de droite, nos réserves étaient finalement rejetées par une coupable complaisance. Depuis 2011, la situation au Sénat n’a fait que se déliter, surtout dès le lendemain de l’élection de François Hollande  à la Présidence de la République. Au fond, je ressens une révolte. En dépit de nos efforts, nous ne sommes pas parvenus à enrayer la spirale de l’échec. Comme si nos travaux avaient été inutiles. Pendant toutes ces années, j’ai vainement appelé de mes vœux un Sénat indépendant du gouvernement, au dessus des visions claniques et partisanes. Bref, un Sénat qui ne soit pas le clone de l’Assemblée nationale, un Sénat à l’abri du fait majoritaire, un Sénat justifiant sa raison d’être.

Cet immense gâchis me peine au plus profond de moi-même. Je fais des vœux pour le Sénat et tous ceux qui y livrent le meilleur de leurs capacités. Puisse mon expérience sénatoriale m’aider à assumer mon mandat de membre du Parlement européen. Je m’engage avec confiance. L’optimisme reste le levier de la persévérance en politique.