BIOGRAPHIE
JEAN ARTHUIS

Mes racines sont paysannes, démocrates chrétiennes, angevines et mayennaises. Je suis né le 7 octobre 1944, chez mes grands-parents maternels, agriculteurs à Saint-Martin-du-Bois, dans le Maine-et-Loire. Enfance heureuse et scolarité à Château-Gontier, en Mayenne. Mes parents y sont installés pour exercer leur dur métier de marchands de volailles. Ils me transmettent leurs valeurs : sens du travail et conscience professionnelle. Après l’École Supérieure de Commerce de Nantes puis Sciences Po à Paris, je fais le choix de l’expertise-comptable pour compléter ma formation. Premiers pas professionnels chez Arthur Andersen, l’un de ces cabinets internationaux d’audit sans lesquels les groupes américains n’osaient investir hors des États-Unis. J’y ai acquis méthode et déontologie, découvert la réalité des entreprises et trouvé ouverture sur le monde.   

Si rien ne me destine à l’exercice de mandats politiques, je dois reconnaître que la chose publique m’intéresse. Alors que je prépare mon bac de philosophie, la lecture des œuvres de Pierre Teilhard de Chardin, jésuite et philosophe, paléontologue, me captive. Ses écrits me font prendre conscience de la responsabilité politique. La démonstration est lumineuse. Jusqu’à une époque récente, l’évolution a pu s’accomplir sans jamais mettre en péril la vie sur la planète. Mais les progrès fulgurants de la science et des technologies au XXème siècle, l’envahissement des continents par l’humanité, changent la donne. Sans régulation, la folie des hommes peut mettre soudainement fin au phénomène humain. Aucun doute, il faut s’engager. Dans une démocratie, le droit de critiquer implique une participation au débat et le courage de se porter candidat lorsque vient une échéance électorale.

En 1971, je défie la municipalité sortante en vue de réveiller la ville et son territoire. Les électeurs déjouent tous les pronostics, je suis élu maire Château-Gontier. Pour disposer de revenus et gager mon indépendance par rapport au monde politique, j’entends préserver ma vie professionnelle. En application de ce principe auquel je resterai attaché, je fonde à Paris, aidé en cela par l’employeur que je suis obligé de quitter, mon cabinet d’expertise-comptable et de commissariat aux comptes. Rude équilibre entre la vie professionnelle et l’exercice d’un mandat public. Je mesure combien l’exercice de la fonction de maire est la plus attachante tant elle s’accomplit en relation directe avec la population et le terrain. Je n’y renoncerai qu’en 2001. C’est un douloureux déchirement. En trente ans, la ville et le pays de Château-Gontier se sont transformés et dynamisés. Mon unique regret me ramène aux élections municipales de 1989, à l’occasion desquelles j’ai porté le projet de fusionner les quatre communes de l’agglomération. Seules Château-Gontier et Bazouges, les deux plus importantes en population, ont franchi le pas. Demi-succès ou demi-échec. J’avais sous-estimé « l’esprit de clocher » et les querelles qu’il déchaîne. Élu conseiller général du canton de Château-Gontier en 1976, il me faut attendre 1992 pour devenir président de l’assemblée départementale. La tâche, considérablement élargie par la décentralisation intervenue dans les années 80, me passionne. J’y découvre les enjeux cruciaux de la solidarité, de l’action sociale et tente de démêler l’enchevêtrement des compétences entre les différents échelons d’administration publique. Au surplus, le département se prête aux expérimentations, à l’innovation dans l’organisation des services publics locaux. Bilan positif au vu du faible taux de chômage et de la situation financière. Portée par l’essor économique, la démographie mayennaise franchit la barre des 310 000 habitants. En un siècle, du fait de l’exode rural, la Mayenne avait perdu 100 000 habitants, ramenant sa population à 250 000 dans les années 50. J’abandonne cette responsabilité en 2014 pour me consacrer pleinement au Parlement européen, élu le 25 mai dans la circonscription grand-ouest couvrant les régions Bretagne, Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes, à la tête d’une liste UDI-Modem.

A défaut d’être élu à l’Assemblée nationale, j’opte pour le Sénat. Candidat député en 1973, sous la bannière du Mouvement Réformateur porté par le tandem improbable composé par Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber, l’idéal européen stimulé par le « Défi américain », j’échoue avec un score honorable face au sortant, gaulliste membre de la majorité de l’époque. Les évènements de 1968 venaient d’ouvrir la voie à l’impatience de changement et de modernisation. La page est tournée, sur les conseils et encouragements du sénateur Raoul Vadepied, je mets le cap sur le Sénat. Lors du renouvellement de 1983, j’affronte le député qui m’avait battu en 1973, mais cette fois, c’est moi qui l’emporte. Je rejoins le groupe centriste, ma famille politique, et vérifie que la Haute Assemblée est l’institution parlementaire épargnée par la théâtralité dans laquelle verse souvent l’Assemblée nationale. En effet, elle tire profit de ne pas être alignée sur le calendrier de l’élection présidentielle. Chambre de réflexion, le Sénat scrute l’avenir et permet de légiférer d’une « main tremblante ». Mais il faut reconnaitre avec humilité que je suis dans un purgatoire médiatique. Occasion de faire référence à cet adage mayennais selon lequel « Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit ». Les circonstances me permettent d’accéder à des fonctions exaltantes : rapporteur général du budget (1992-1995), président du groupe Centriste (1998-2002), président de la commission des finances (2002-2011), accessoirement membre de la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et Consignations (2011-2014). Elu six fois, du fait de deux passages au gouvernement, j’ai disposé du temps et des moyens pour faire vivre et mettre à l’épreuve mes convictions. Au plan législatif, hormis les projets de lois de finances, j’ai eu le privilège d’être désigné comme rapporteur sur de nombreux thèmes liés aux collectivités territoriales, à la cohésion sociale, aux institutions, à la vie des entreprises, à l’agriculture, au droit des sociétés commerciales. En 2010, je prends l’initiative d’une proposition de loi créant les Maisons d’assistantes maternelles, forme novatrice d’accueil des jeunes enfants. En la circonstance, le sénateur tire les conséquences de l’expérience du président de Conseil général, légitimant si besoin est le cumul des mandats. J’ai alors mesuré combien il est difficile d’expérimenter et d’innover dans l’organisation de l’offre de services publiques. Si l’élaboration des lois est au cœur des travaux du Parlement, je considère que le contrôle de l’action du gouvernement et des administrations publiques est tout aussi important. Trop souvent les lois nouvelles ne sont que des instruments de communication aux mains des gouvernants. Deux commissions d’enquête m’ont particulièrement mobilisé. L’une sur la Justice, conduite avec mon regretté collègue Hubert Haenel, en 1990-91. Notre rapport publié sous le titre « Justice sinistrée, démocratie en danger », fait encore référence dans les milieux judiciaires. Le second sur le projet de réduction du temps de travail à 35 heures, en 1997-98, afin de dénoncer l’utopie socialiste. Dès mon élection au poste de rapporteur général du budget, je me suis investi dans l’analyse de la mondialisation et de ses conséquences sur les délocalisations d’activités et d’emplois. Mon rapport, publié en 1993 a immédiatement un écho considérable et suscite des controverses. Parmi mes recommandations, je propose d’alléger les impôts, taxes et contributions sociales qui grèvent les coûts de production sur notre territoire national. Ma préconisation pour la TVA sociale en est la conséquence. Parmi les rapports que j’ai rédigés, je retiens, Les ambigüités de l’Etat actionnaire (1993), LOLF : culte des indicateurs ou culture de la performance ?(2004), Le nouvel « âge d’or » des fonds souverains au Moyen-Orient (2008). Mon élection au Parlement européen met fin à mon parcours sénatorial. J’y formule des propositions, d’inspiration fédérale, pour instituer un gouvernement économique, financier et budgétaire, constituer une Direction du Trésor et doter un budget spécifique sous contrôle parlementaire.

En mars 1986, je suis appelé au gouvernement de Jacques Chirac en tant que secrétaire d’État auprès du ministre du travail et des affaires sociales Philippe Séguin. En janvier 1987, je rejoins le ministre d’Etat, ministre de l’Economie et des Finances Edouard Balladur, en charge de la concurrence, de la consommation et de la participation. Au programme, mise en place du conseil de la concurrence, au lendemain de la libération des prix et préparation des ordonnances d’octobre 1987 sur la participation et l’intéressement des salariés aux résultats des entreprises. La réélection de François Mitterrand en mai 1988 met fin ma première expérience gouvernementale. Retour au Sénat.

Mai 1995, j’entre dans l’équipe gouvernementale d’Alain Juppé, comme ministre de développement économique et du plan. En août, je suis nommé ministre de l’économie et des finances. Les défis sont cruciaux. Le franc est attaqué sur les marchés monétaires car la résolution de passer à la monnaie unique tarde à s’exprimer avec force. Le Président de la République tranche avec fermeté, mettant un terme aux mouvements spéculatifs. Le déficit public atteint 6% du PIB, La qualification pour l’euro exige de le ramener sous la barre des 3%. Nous y parviendrons au prix de violents efforts. Le pilotage et la pédagogie des réformes et des arbitrages sont privés d’informations fiables. La culture de l’opacité compte nombre d’adeptes dans la sphère publique. Je découvre que je suis directeur financier d’une institution polarisée sur la comptabilité budgétaire, qui n’a pas de bilan et ne rend pas compte de sa gestion. En 2016, je lance une mission relative à la comptabilité patrimoniale. Elle enclenche un processus qui donnera corps à la réforme de la loi organique sur les lois de finances (LOLF) promulguée en aout 2001. La Démocratie se renforce lorsque la République absorbe un plus grand volume d’informations de qualité. Pour la première fois depuis sa création, la Sécurité sociale est dans le rouge. Il faut emprunter pour des charges courantes. Les tensions sociales freinent l’action. Nous traversons une période de crise marquée par une succession de défaillances bancaires (Crédit Lyonnais, Crédit Foncier de France, Marseillaise de Crédit). Les échafaudages mis en place avant mon arrivée à Bercy s’effondrent. La priorité est de préparer le passage à la monnaie unique, l’euro. De multiples réunions préparatoires se tiennent avec mes collègues européens. L’entente est bonne avec Théo Waigel, le ministre allemand. Nous convenons d’opter pour un règlement de copropriété, le Pacte de Stabilité et de Croissance. Je regrette l’ajournement d’un gouvernement économique, financier et budgétaire mais je considère que le politique suivra pour assumer efficacement le partage de la souveraineté monétaire. La BCE est d’essence fédérale. Les élections législatives anticipées de juin 1997 installent une majorité de gauche. Pour la seconde fois, mon suppléant, Georges Dessaigne, devenu sénateur, démissionne spontanément. Chef d’entreprise et élu local, il incarne l’intégrité en politique. L’élection partielle me permet de réintégrer le Sénat.

À l’automne 2011, le Premier ministre, François Fillon, me confie la mission de réfléchir à l’avenir de la zone euro. Après avoir fait le tour des capitales, je lui remets un rapport que j’intitule « Avenir de la zone euro : l’intégration ou le chaos ? ». J’y blâme la révoltante et complaisante gouvernance. Occasion de taquiner Jean-Claude Juncker « le matin tu nous appelle à équilibrer nos comptes publics et l’après-midi, tu nous fais les poches avec ta fiscalité, luxembourgeoise et singulière ».

Depuis juillet 2014, je préside la commission des budgets au Parlement européen. Une fois encore, me voici impliqué dans les questions financières et de constater que les chiffres, dès lors qu’ils traduisent la réalité, sont souvent dans l’opposition. Ma conviction demeure, j’estime que les comptes sincères, ceux qui donnent une image fidèle du patrimoine et de la gestion de toute communauté humaine sont un instrument indispensable à sa bonne gouvernance, et le gage de la confiance de toutes les parties prenantes. Puissent les dirigeants lucides avoir le courage de décider et mettre en œuvre les réformes, d’être suffisamment pédagogues pour susciter l’adhésion populaire. Le Brexit marque la fin d’un cycle, d’une Europe qui a dérivé vers les colloques secrets entre chefs d’État ou de gouvernement, entre ministres. Il met en évidence la distance qui sépare les institutions européennes des citoyens.

D’emblée, désireux de garder le lien avec le terrain, je me suis attaqué au chômage des jeunes, drame humain et discrédit pour l’Europe. Mon ambition est de promouvoir l’apprentissage et d’ouvrir aux apprentis l’accès aux bourses Erasmus jusqu’à maintenant réservées aux étudiants.

Depuis mon premier engagement, au lendemain de mon élection à la mairie de Château-Gontier, je milite au centre sous ses dénominations successives : Centre démocrate, CDS, Force Démocrate, UDF, Modem. Affligé par l’éclatement de ma famille politique, j’ai créé en 2008 l’Alliance centriste. Ce micro parti politique vise le rassemblement de tous les centristes. L’article 1er de ses statuts stipule qu’il disparait dès la refondation du mouvement autour des valeurs qui nous identifient : liberté, solidarité, humanisme. C’est dire notre attachement à l’économie sociale du marché et à l’Europe.

Pour avancer et tenir en équilibre mes activités professionnelles, mes responsabilités politiques et ma vie familiale, l’appui et le regard critique de Brigitte, mon épouse depuis 1971, me sont précieux. Château-Gontier est notre havre. L’exercice de mes mandats m’en a souvent éloigné, mettant à rude épreuve ma disponibilité. Je sais gré à nos enfants Émilie et Guillaume de leur affectueuse compréhension et de la vigilance rebelle qu’ils ont portées à mon action. Dans la proche campagne de notre domicile, nous avons repris la petite ferme où mes parents avaient trouvé refuge, abandonnant leur commerce dès mes premiers pas en politique. Nous y élevons quelques chevaux qui font vivre nos rêves et me permettent de pratiquer mon sport favori. Les promenades à cheval dans la campagne mayennaise sont un pur bonheur.

Pour tenter de faire partager mes idées, je publie :

  • Les délocalisations et l’emploi, Les éditions d’organisation, 1993 ;

  • Dans les coulisses de Bercy, Albin Michel, 1988 ;

  • Mondialisation, la France à contre-emploi, Calmann-Lévy, 2007 ;

  • SOS Finances publiques, Calmann-Lévy, 2011 ;

  • La France peut s’en sortir !, débat avec Michel Sapin, l’Archipel, 2012 ;

  • L’Europe dernière chance pour la France, Calmann-Lévy, 2014.

Dernière mise à jour le 13.07.2016